Flora au plat pays

La vie, les voyages et moi : les humeurs d'une serial voyageuse

Voir le pire

22 Commentaires

La semaine dernière j’ai lu un article d’Urbanie qui parlait de voir le pire et de ne pas avoir peur. Cet article a déclenché chez moi beaucoup des questionnements et je viens les partager avec toi. Je n’ai pas connu le deuil périnatal comme Urbanie mais on ne peut pas vraiment dire que la vie a été tendre avec moi.

À 15 ans, à l’age où la plupart des petites filles profitent de leur adolescence en toute innocence (ou pas), j’avais déjà enterré mes deux parents et mon petit frère, vécu une guerre avec toutes les joyeusetés comme les planques, l’exil, les camps insalubres, la lutte pour la survie quoi. Avant ça j’avais aussi traversé des épreuves que toutes les mères voudraient éviter à leur petites filles. Une dose d’atrocités tellement grande que mon cerveau a décidé de me protéger en enfuyant très profondément la plupart des souvenirs de mon enfance. Jusqu’à ce jour mes souvenirs d’enfance sont un flou total.

Et pourtant je n’ai pas l’impression d’avoir vu le pire. Déjà parce que je suis toujours en vie et que ma vie reste enviable pour beaucoup de gens, et aussi parce que je peux bien imaginer des tas de choses que je ne voudrais pas voir m’arriver. Même si je sais que la douleur finit par s’atténuer et que la vie continue, ça ne me rassure pas. Comme savoir que le ciel bleu existe toujours par dessus les nuages ne me fait pas moins détester la grisaille.

Oui ce que j’ai traversé m’a rendu plus forte et me permet d’affronter la vie avec plus de détachement. Quand on a connu le fond du trou, beaucoup de choses perdent de leur gravité. La crise, la maladie, la trahison, et même la mort ne font plus vraiment peur. Mais seul celui qui n’a plus rien à perdre peut avoir le luxe de se passer totalement de la peur et ce n’est pas mon cas (Dieu merci !).

C’est vrai je n’ai pas peur de tenir tête aux gens qui en font deux de plus que moi, je n’ai pas peur de dire ce que je pense quel qu’en soit les conséquences, je n’ai pas peur d’être seule et je n’ai certainement pas peur de manquer de choses parce que je sais qu’on n’a pas besoin de beaucoup concrètement. Il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux… (pardon je m’égare).  Caractère inné ou forgé ? Je ne sais pas.

À vrai dire j’ai seulement réalisé que la force que j’avais acquise ne m’as pas rendue insensible à la douleur il y a un an, quand quelque chose d’aussi courant qu’une fausse couche m’a terrassée. Ma soi-disant force ne m’as permis que de garder un semblant de vie normale à l’extérieur, pendant que ma structure interne tombait en morceaux. Ce n’est certes pas pire que ce que j’ai pu vivre avant mais je ne voudrais pas y retourner pour autant.

Alors j’ai peur, peur de choses que je sais avoir assez de force pour affronter mais que je préfèrerais quand même éviter. J’ai peur parce que je crois qu’il n’y a pas de quota maximal de coup bas du destin qui permettrait d’être serein une fois qu’on a déjà passé le sien. J’ai peur de ne jamais connaitre les joies de la parentalité, j’ai peur de refaire une fausse couche ou de perdre l’enfant plus tard, peur de me casser une jambe au ski, peur de toutes ses choses qui échappent à mon contrôle. Ça ne m’emprisonne pas et ça ne m’empêche pas de prendre le risque, mais oui j’ai peur comme tout le monde.

Alors je ne crois pas spécialement à ce courage extrême de « survivor » qui n’ont peur de rien, même poil de carotte avait quand même un peu peur ! Je pense que tout est une question de comment on exprime nos peurs plus ou moins profondes. Que ce que tu en penses ?

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22 réflexions sur “Voir le pire

  1. la peur prouve que tu tiens à cette chose précieuse qu’est la vie.

  2. J’ai lu le même article et moi aussi je me suis posée les mêmes questions. Alors bien sûr j’ai un passé moins lourd que le tien, mais ce qui diffère, c’est que je n’ai pas voulu m’y confronter. Globalement la peur m’empêche souvent de faire des choses ! Donc j’admire comment tu les affronte au final 🙂

    • Je n’ai pas vraiment de mérite tu sais, on fait chacun avec les cartes qu’on a en main 😉 Beaucoup de choses échappent malheureusement à notre bonne volonté et à nos choix, alors autant se faire plaisir quand on peut non ?!
      Il y a une citation de Mandela que j’aime vraiment beaucoup et j’essaye d’en faire mon leitmotiv « May your choices reflect your hopes, not your fears ».

  3. J’ai aussi lu l’article d’Urbanie, il m’avait beaucoup touché.
    La peur est à la fois un moteur et un frein. Je m’explique :
    – moteur : j’ai peur de beaucoup de choses, je suis d’un naturel angoissé, mais au lieu de les laisser me freiner, j’essaie de m’y confronter et de ne pas me laisser dominer par elles ;
    – frein : au final, il arrive qu’elle prenne le dessus et là c’est le raz de marée ! Impossible d’avancer, elle me tétanise.
    Pas évident de tout gérer, et pas évident non plus de s’y confronter. Même si je trouve qu’avec le temps, je me maitrise de mieux en mieux et me laisse moins guider par la peur qu’auparavant.
    J’admire ta manière de les aborder et de t’y confronter !

  4. Waw… Je suis simplement… Je n’ai pas de mots et je ne vais pas essayer.
    Cela me fait penser à cette chanson de Corneille : « alors on vit chaque jour comme le dernier, et vous feriez pareil si seulement vous saviez combien de fois la mort nous a frôlé ». Je pense que tu as peur car tu restes humaine. Même si tu as énormément de forces et de courage. Tu as tjs quelque chose à perdre : ta vie et ceux que tu aimes.
    Je pense fort à toi, pour tes projets tes rêves et ces jolies choses que tu vivras encore. ❤️

  5. Je pense également qu’on est soumis à la peur tant qu’on a quelque chose à perdre … et que jusqu’à notre mort, on aura toujours quelque chose à perdre au fond. L’unique façon de vivre face à cela selon moi est de relativiser, de se dire que la plupart de ces peurs sont souvent inévitables de toute façon… Alors autant ne pas les laisser nous manger 🙂

  6. Oh la la c’est hyper intéressant ton article !! Je n’ai pas vécu de choses aussi horribles que toi mais j’en avais parlé, j’ai un neveu atteint d’une maladie orpheline terrible et du coup j’ai quand même aussi l’impression de connaître le pire de très près. Et finalement cela a eu des conséquences multiples chez moi comme tu les décris : d’un côté une tendance à relativiser beaucoup de choses (une rayure sur la voiture neuve : je m’en fous !) et d’un autre une peur finalement exacerbé car je sais que la vie peut vraiment être horrible – en vrai.

    • J’ai pensé à ton article en rédigeant celui-ci. Ce qui est arrivé à ton neveux est un bon exemple de quelque chose de pire qui pourrait toujours m’arriver. Malheureusement comme le dit Sandra, en avoir peur ne change rien à l’équation…

  7. Mon dicton favori c’est :  » Quand on a beaucoup souffert dans la vie chaque douleur additionnelle est à la fois insupportable et insignifiante ». Quel article si touchant et intime que tu nous livres là ! Tu me donnes presqu’envie de ré ouvrir mon blog ah ah ah ! Tu es une personne forte et intègre et j’admire ton parcours de vie même si je te connais virtuellement ce que tu transmets est profond.

    Je n’ai pas connu la perte de mes proches comme toi mais la vie n’a pas été tendre à des moments : j’ai connu la rue, le rejet de mon père depuis près de 28 ans, je suis arrivée à 17 ans en France avec 50€ en poche alors que je devais tenir des mois avant la bourse … J’ai vécu en Afrique pendant quelques années avec un ex qui m’a foutu en plan j’ai dû revenir ici sans boulot, sans appartement après avoir tout quitté par amour. Mais je n’ai jamais eu peur, je me dis toujours que chaque chose qui arrive a une signification. J’ai été fatigué, lassée que le destin s’acharne mais je me suis interdite de ressentir la peur qui m’aurait achevé certainement.

    Un jour un enseignant me demanda qu’est ce qui justement me faisait peur et je lui réponds c’est le fait d’imaginer le pire.
    Il me répondit alors : « il ne faut pas penser aux malheurs qui peuvent arriver sinon vous le vivrez deux fois : dans l’anticipation et au moment où il finit par arriver »

    Et pendant longtemps, j’ai repensé à cette phrase et j’évite de penser à ce qui peut éventuellement m’effrayer et je vis chaque déception intensément ET rapidement !

    • J’aime beaucoup ton dicton et c’est vraiment ça, insignifiant mais insupportable. C’est super si je te donne envie de récrire, j’ai hâte de te lire ☺
      Quand la vie nous maltraite, on trouve toujours des ressources insoupçonnées. Comme dirait Timon « quand le monde entier te persécute, tu te dois te persécuter le monde » (désolée je ne trouve plus que des références de dessin animé aujourd’hui ! )

  8. L’article que tu avais écrit pour SNT m’avait énormément émue, et je suis encore toute bouleversée par celui-ci. Mais je suis d’accord pour dire qu’il n’y a pas tellement de frontière au « pire » et que ça ne peut pas (ne doit pas) rendre insensible à la douleur. C’est terrible de n’avoir rien à perdre, et c’est quand même très rarement le cas.

    J’étais aussi d’accord avec celui d’Urbanie, mais je trouve que vos approches ne sont pas antagonistes, mais complémentaires. Disons qu’effectivement, quand on a vécu des choses très dures dans sa vie, on relativise d’autres choses. Je ne peux pas dire que j’ai vécu le pire, très très très très loin de là, mais j’ai vécu quelques choses pas très faciles (ça me paraît complètement ridicule de dire ça en comparant avec Urbanie et toi…), et je sais que d’une certaine façon, ça a fait que je n’envisage pas tout à fait la gravité des choses de la même façon.

    • Tu piques ma curiosité ! Tu en avais parlé quelque part ? Il n’y a pas lieu de comparer, ce serait d’ailleurs assez difficile d’attribuer des points 😉
      Je suis d’accord avec l’analyse d’Urbanie aussi, c’est juste le concept de connaître le pire qui bloque chez moi.

  9. Sans avoir vécu la quart de ce que tu as vécu… Je suis complètement d’accord avec toi. On a tous des squelettes dans nos placards – plus ou moins encombrants – et je pense qu’on sait tous que la vie est injuste et qu’une grosse tuile peut nous tomber dessus du jour au lendemain. J’ai lu l’article d’Urbanie et j’y avais beaucoup réfléchi en m’endormant : mais pourquoi devrait-on ne pas avoir peur ?! La peur est quelque chose de sain. C’est un warning qui nous dit de faire attention. Sans tomber dans l’excès elle est salvatrice. Quelqu’un qui n’a peur de rien est quelqu’un qui me fait peur

  10. Ah la la, Flora, je suis toute émue de lire cet article si intime.
    Je crois que, même si je partage ton analyse, je ne suis pas encore arrivée au même stade de force et de courage, et je continue souvent, bien trop souvent, à me cacher la tête dans le sable. Je crois qu’on fait chacun le chemin que l’on peut parcourir, au fur et à mesure des épreuves que la vie nous envoie.
    Plus j’apprends à te connaître, plus je t’admire. Je suis vraiment heureuse que tu aies pris la parole par ici : je crois que je vais beaucoup apprendre en te lisant.

  11. oh là là… En fait je me rends compte que je ne te connaissais pas. Ou à peine… Je comprends mieux ton commentaire sur mon blog. Dans quel pays d’Afrique as-tu grandi? Je suis bien attristée d’apprendre que tu as perdu tes deux parents et ton frère étant petite.
    Quelle femme forte tu dois être aujourd’hui…. Forte et fragile en même temps. C’est rare de rencontrer des femmes de ta trempe…

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