Flora au plat pays

La vie, les voyages et moi : les humeurs d'une serial voyageuse

La dot ? Non merci

22 Commentaires

Je viens d’une culture dans la quelle la dot est encore d’actualité. Wikipédia m’apprend même qu’en vrai on devrait parler du « prix de la fiancée ». En effet, pour demander la main de la fille, la famille du futur marié doit donner un don à sa famille en échange.

Dans le temps c’était souvent une vache. Vu que la fiancée allait déménager de la maison de ses parents pour aller dans celle de son mari, elle irait dorénavant travailler dans les champs de sa belle famille et plus ceux de sa famille. La belle famille compensait donc cette perte de main d’oeuvre par du bétail, l’autre source possible de revenus.

De nos jours ça a plus une valeur cérémoniale qu’autre chose, c’est l’occasion pour les gens de vêtir les costumes traditionnelles et de faire la fête autrement. C’est en tout cas l’excuse que prennent les gens pour perpétuer ces mœurs  désuètes. Mais de mon point de vue cette culture est dégradante envers la femme et ne devrait pas être perpétuée.

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Danse et tenue traditionnelle rwandaise, un incontournable des dots.

On parle bien de réduire une femme à ni plus ni moins qu’une main d’oeuvre. On parle d’un mariage purement fusion absorption, où non seulement la femme change complètement de famille mais elle devient aussi l’acquisition de son mari au même rang que les meubles qui équipent la maison. Je sais ceci n’est que mon interprétation mais si on paye le prix d’une chose, on l’achète non ? Donc si on paye le « prix » de la fiancée, elle nous appartient de plein droit.

Mon problème avec la fusion absorption c’est qu’elle entraîne la dissolution pure et simple de l’entité absorbée. Ça supposerait donc que la femme n’existe plus comme personne mais seulement comme « épouse de », et ça j’espère qu’il n’y a pas que moi que ça dérange. Du coup mettre ça en scène pour respecter les traditions, même pour de faux, ça me dérange.

Ça me dérange parce que je suis une personne à part entière et que mariée ou pas je jouis pleinement de mes droits. Je n’appartiens ni à mes parents, ni à mon mari. J’ai des devoirs envers les deux c’est vrai, mais ils ne me possèdent pas. Si demain je ne suis pas d’accord avec mon mari, je veux pouvoir discuter débattre d’égal à égal, ce qui à mon avis est mal barré si il m’a « acquis » au prix fort.

Souvent quand je dis ça, on me répond que c’est facile à dire pour moi; je me suis mariée en Europe à un européen donc c’est facile de zapper les traditions. Mais ma soeur l’a fait aussi en se mariant à un compatriote sur place (normal on a été élevée par la même mère féministe). En plus ça n’a pas vraiment été aisée pour nous non plus. J’ai la réputation d’être têtue et personne n’a osé me dire ça en face, mais j’ai appris par la suite que ma tante, qui s’était battue bec et ongles pour ramener en avion un objet bien encombrant d’Afrique pour la déco du mariage, n’a pas voulu qu’on l’utilise parce que ce n’était que pour les mariages légitimes…

Autrement dit malgré le passage devant le maire et même à l’église, mon mariage est illégitime parce que ma famille n’a pas reçu de compensations pour m’avoir si bien élevée. En refusant de demander la dot j’avais donc, pour une partie de ma famille, dévalué mon prix. J’ai bien dit à cette tante de m’envoyer une facture si elle estime que je lui dois quelque chose et j’attends toujours.

Tout ceci pour dire que je ne comprends pas comment on peut trouver normal de perpétuer ce genre de choses. C’est à cause de ces cérémonies que nombreuses familles considèrent encore que l’ultime objectif d’une femme c’est de se marier pour honorer sa famille. Que ne rien recevoir en échange de sa fille veut dire qu’on l’a mal élevée et qu’elle ne vaut rien. Et je spécule sans doute mais je suis intimement convaincue que ce genre de pratique a quelque chose à avoir avec le fait que les engagements dans le mariage vont à deux vitesses dans cette culture. Si un homme trompe sa femme ce n’est pas grave, ça arrive. Mais si la femme trompe son mari, c’est un déshonneur total ! Pourquoi ?  Ma réponse est : parce qu’elle lui appartient et pas l’inverse.

Et parlons en du coté cérémonial apparemment politiquement correct. Chaque famille choisit des représentants (souvent des hommes sinon ce n’est pas drôle) qui vont se mettre d’accord sur le prix à payer. Même les mamans des mariés sont relégués au second plan. Il parait que je vois du sexisme partout, mais moi je dis que plus patriarcal que ça c’est difficile à faire.

Je voudrais vraiment qu’on m’explique dans quel monde tout cela n’est pas affreusement sexiste. Je voudrais qu’on me démontre en quoi mettre en scène la vente de sa fille contre du bétail est flatteur envers elle. Je voudrais aussi voir la tête des gens si on faisait l’inverse, vu que ce n’est qu’une mise en scène, ça ne devrait pas être grave si ? Est ce que ces parents arboreraient leurs meilleurs costumes si on venait « payer » leurs chers fils ? J’ai mes doutes.

La plus part de mes amies d’enfance l’ont fait parce que c’est comme ça que ça se passe. C’est toujours bluffant de voir ce qu’on est prêt à sacrifier aux traditions sans se poser de questions. Je me demande bien à quoi on pense quand on est assise dans sa chambre en attendant que les familles se mettent d’accord sur le prix. Même si tout ça est décidé d’avance de nos jours avec l’accord de la mariée, je me dis que ce n’est pas très glorifiant comme moment.

Oui je sais que pour toi chère lectrice européenne tout ça doit te sembler tout droit sorti d’un livre d’histoire, et je sais que je n’ai pas besoin de te convaincre que ça n’a pas de sens. Mais malheureusement ce genre d’absurdités ne s’arrêtent pas aux frontières de l’occident. Il me vient en tête cette photo de Trump signant un décret sur l’avortement entouré que d’hommes. Et puis les débats sur le nom de famille qui ont quelques ressemblances avec la fusion absorption dont je parlais plus haut. En Belgique par exemple, c’est seulement à partir de cette année que les enfants reçoivent par défaut les noms des deux parents. En 2014 la loi qui avait été faite permettait d’intégrer le nom de la maman mais laissait un droit de veto au père en cas de désaccord. En France c’est toujours le nom du père qui prévaut.

« On n’a toujours fait comme ça » n’excuse rien. Si quelque chose est dépassé et/ou est injuste, il faut le revoir. Et je sais aussi qu’il y a des combats plus important, mais ce sont des petits ruisseaux qui font des grandes rivières.

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22 réflexions sur “La dot ? Non merci

  1. Alors, je savais que le système de dot existait toujours dans certains pays, mais tu te doutes qu’Européenne mariée à un Européen, je n’ai pas été trop concernée. Par contre, j’avoue que ce n’est pas très valorisant pour la place de la femme, d’autant que maintenant, elle ne travaille ni pour ses parents, ni pour sa belle-famille 😉
    Par contre, pour les noms de famille, si je trouve appréciable que les gens aient désormais le choix, j’apprécie d’avoir pris le nom du Breton et que ce soit celui de nos enfants 😊 De la même manière que le féminisme doit aussi se battre pour que les femmes puissent choisir de rester aux foyers auprès de leurs enfants.
    (Et petit aparté, il me semble que hors patriarcat, le nom du père permet d’établir une filiation avec les enfants, la mère ayant indéniablement le lien du sang 😊)

    • Je suis d’accord avec toi, la liberté c’est de pouvoir choisir peut importe ses préférences. Ce qui me dérange c’est que l’homme ait un droit de veto sur la question ce qui veut dire que le choix de la femme importe peu.
      Je suis d’accord sur établir la filiation, mais en quoi c’est plus mal d’établir la filiation avec les deux parents ? Quand on se présente, il arrive souvent qu’on nous demande si on est lié à un tel qui porte le même nom. Le lien du sang est quand même plus difficile à deviner non ?

      • Oui et non, à priori, on est sûre que c’est toi qui l’a sortie de ton ventre (dans le cas de figure le plus classique, on enlève tout ce qui est adoption ou PMA avec don d’ovocyte)

        • Oui je suis d’accord que c’est le cas au moment de la naissance.
          Ce que je voulais dire c’est que dans 15 ans quand FeuFolet sera à l’université on pourra lui dire : « tiens tu t’appelles FeuFolet Breton, tu ne connaîtrais pas Untel Breton par hasard ? Et à ce moment là tu auras beau l’avoir porté, son identité le liera surtout à sa famille paternelle…

          • Vu que la moitié des patients de mon mari pense que je suis la femme de son collègue (il a le prénom qui est notre nom de famille, on a perdu pas mal de gens sur ce coup là 😁)
            Et je suis tellement la fille de ma mère que personne ne peut se poser la question qu’en au nom de famille, mais peut-être était-ce aussi car le nom de famille de mon père est rare

  2. Je vais répondre sur la dot en Europe au Moyen-Age, un peu en désaccord avec Wikipedia. Pour avoir lu plusieurs contrats de mariage de cette époque en Dauphiné (Sud-est de la France), la dot parait un ensemble de choses qui sont mis dans le compte du ménage (géré par le mari seul) mais revenant à l’épouse. Ceci veut dire que le mari doit toujours avoir de quoi rembourser la valeur de la dot à la femme (cas du divorce/répudiation, ou du décès du mari qui était fréquent aux temps guerriers féodaux), à la famille de la femme (cas d’un décès sans enfants) ou aux enfants de la femme (cas d’orphelins dont le père se remarie ensuite). Je vois souvent que divers membres de la famille offrent une part de cette dot, pour mieux obliger la famille du mari à rendre. Dans une famille noble, on donnait à la fille sa part de patrimoine autant qu’aux garçons (mais elle n’a pas de pouvoir dans ces décisions familiales, elle reste dépendante des hommes). Mais on la donnait « en dot » ce qui protégeait le patrimoine contre une dilapidation par le mari. Il y a des dots très riches, il y a des dots pauvres où la fiancée n’apporte qu’un maigre trousseau(2 chemises, un drap), auquel le notaire donne une valeur toujours chiffrée. Je dirais en commentaire que la dot vise à lier les familles par un don et donc une dette, et à protéger ainsi l’épouse contre la répudiation et la misère. Je reconnais que le « prix de la fiancée » est bien plus méprisant, car il parait échanger la femme contre un don/dette (dans un arrangements entre hommes où on ‘demande la main de la fiancée’… contre un don/prix), mais il vise aussi à donner du poids au mariage par le don, à lier les familles autour des époux pour ce qui pourrait survenir. Et on poursuit peut-être la tradition comme échange d’amabilités entre des familles qui se rapprochent (un peu) par le mariage, sans que la valeur n’ait plus d’importance. Mais c’est un fait que cette tradition est une affaire « sur le dos » de la femme épousée. Aujourd’hui, ce sont les époux qui arrangent leur mariage ou leur union, et les parents n’ont que très peu à dire. Et même les cadeaux ne sont plus toujours dans la tradition.
    (J’ai écrit sur mon blog à propos du nom de famille. Il faut un peu chercher dans les archives). (j’ai trouvé votre article par la catégorie ‘féminisme’)

    • Merci beaucoup pour cet éclairage historique. La dot à l’européenne me semble en effet plus soft mais aussi loin d’un couple égalitaire.
      Je suis très heureuse d’avoir mon premier commentaire de lecteur et j’irai voir ton article sur le non de famille à l’occasion.

  3. Merci pour cet article parce que c’est vrai, spontanément, on a du mal à imaginer que ça existe encore tellement cela nous semble décalé ! Moi je dirais que c’était moi le cadeau à mon mariage et que ça suffit amplement 🙂 ! C’est plutôt ma belle-famille qui aurait dû me faire un cadeau ! (je plaisante mais c’est vrai que j’ai presque du mal à prendre les arguments « pro-dot » au sérieux, c’est sans doute un biais ethnocentré).
    Après, tu sais que je ne suis pas d’accord avec toi sur la question du nom de famille, je comprends le symbole que tu places derrière, mais j’y place un autre symbole comme j’en avais parlé dans mon article sur le féminisme, et je maintiens fermement mon avis 😉 . Mais bon ça c’est la vie, on n’est pas toujours obligé d’être d’accord sur tout sinon ce n’est pas drôle 🙂 .

    • Moi aussi j’ai du mal avec les arguments pro-dot qui tournent quasi tous au tour du « c’est culturel » ou « on a toujours fait comme ça ».
      Je sais pour le nom de famille, en plus de ma réponse à Weena ce qui me dérange vraiment avec garder que le nom du père est qu’on introduit une égalité des sexes dès la naissance. Si il faut avoir un garçon pour transmettre son nom de famille, une fille est tout de suite moins intéressante non?

  4. J’avoue que tu m’apprends des choses car pour moi tout ça est très loin!
    Je ne me suis jamais posé la question mais j’avoue que j’aurais pas très bien vécu la chose. Je comprends tout à fait que tu ai refusé même si tu t’es mis une partie de ta famille à dos.
    Mais c’est vrai qu’il est parfois difficile de lutter contre certaines traditions (mais cela ne veut pas dire que c’est une bonne chose).
    Moi que suis pour que chacun puisse choisir ce dont il a envie.
    Pour moi, être féministe n’est pas être l’égal de l’homme mais que l’homme ou la femme puisse vivre la vie qu’il a choisi 🙂

    • Je suis d’accord avec toi. Je pense aussi qu’on est trop différents pour être égaux, mais l’équité serait déjà pas mal. Il me semble juste bizarre qu’en 2017 la loi accorde un droit de veto à un homme vis à vis de sa femme ! 🙂

  5. J’ai trouvé cet article très intéressant, même si comme les copines plus haut, n’y ayant jamais été confrontée, je n’en saisis sans doute pas tous les tenants et les aboutissants, et je n’ai jamais eu à réfléchir dessus. Après il est clair que c’est une coutume qui s’inscrit dans une société patriarcale où la femme est considérée dans son rôle « utile » pour la société (lier deux familles, faire des héritiers/des travailleurs) et pas en tant que personne. Et même si on peut penser que ce n’est « qu’une coutume », cet historique est de toute façon dérangeant.

    Pour le nom de famille, j’avoue que j’avais été assez sensible à l’argument de Franfran en faveur du nom du père : la mère le porte, le père le nomme, ainsi chacun a une légitimité tangible envers l’enfant (parce que clairement, juste donner un peu de son sperme, c’est light par rapport à neuf mois de grossesse et un accouchement – sans compter les traitements en cas de PMA). Et puis les deux noms ne font pour moi que repousser le souci, puisqu’à la génération suivante, à moins qu’on soit pour le quadruple nom, un des noms se perd de toute façon (lequel ? selon quels critères ? et que devient le côté de la famille zappé à cette étape ?). Je comprends que c’est aussi un reliquat d’une société patriarcale, mais ça ne m’a pas dérangée d’adopter le nom de famille de mon mari en me mariant (d’autant plus qu’officiellement, je conserve mon nom de naissance, que c’est toujours lui qui fait loi… mais c’est celui de mon père, c’est vrai – et c’est d’ailleurs pour ça que je n’y tenais pas, parce que pour moi il n’a plus rien à faire dans ma vie), et du coup notre fille porte notre nom de famille, pas juste le nom de mon mari.

    Et comme il a été dit plus haut, en France, on a de toute façon à présent le choix à chaque étape, que ce soit au mariage (on peut garder son nom de naissance comme nom d’usage, changer son nom d’usage, donner son nom de naissance à son mari comme nom d’usage, ou accoler les deux dans l’ordre que l’on veut) ou à la naissance des enfants (nom du père, nom de la mère ou les deux accolés dans n’importe quel ordre). Finalement se conformer à la tradition ou non, ça rejoint un peu pour moi le débat de « les femmes doivent-elles faire la cuisine et les hommes le bricolage ? »… si cette répartition simpliste convient au couple, que personne ne se sent lésé et que ça lui permet de se simplifier la répartition des tâches, je dis banco. Bien sûr qu’il y a derrière un vieux relent passéiste, mais finalement, ce qui compte, c’est de se sentir à l’aise soi avec ses choix, et d’enseigner à ses enfants qu’ils ont ces choix eux aussi, non ?

    Du coup ça me paraît quand même un peu différent de la dot. Ce le serait moins si on avait finalement le choix aussi « d’acheter » son mari ou de payer une somme pour chacun des époux (c’est d’ailleurs plus ou moins ce à quoi on en est venu en France, où les familles financent souvent toutes les deux le mariage), et que la dot pour la femme n’était qu’un choix parmi d’autres, plus traditionnel certes, mais sans obligation ni pression excessive. Je te trouve en tout cas courageuse d’avoir osé t’opposer à ce système, non pas parce qu’il est dégradant (ça j’ai du mal à en juger n’ayant pas été élevée dans la même culture) mais parce que toi tu le ressentais comme tel. C’est ce que tout le monde devrait être en droit de faire, et je suis désolée de lire que c’est encore à ce point mal vu…

    • Je suis d’accord que les deux systèmes sont différents mais ils ont un peu la même racine. Je cherchais un exemple d’une tradition patriarcale qui existe encore dans notre communauté et je n’ai pas trouvé mieux que le nom de famille.

      Comme je disais à Franfran ce qui me dérange le plus dans ce système est l’inégalité entre fille et garçon dès la naissance. Si la fille était aussi « porteur du nom » par défaut, ce serait une raison de discrimination en moins. Quand j’ai commencé le débat sur le nom de nos futurs enfants avec mon mari il m’a dit : Tu comprends on est seulement 3 porteurs du nom sur 15 cousins, j’ai un devoir envers ma famille… J’ai réussi à convaincre mon mari heureusement mais ce n’était pas aisé, et le fait que la loi ne soit pas de mon coté m’a fort contrariée je dois dire. Heureusement ils l’ont changé ici en Belgique.

      Je ne suis pas opposée à ce que les familles choisissent librement de donner le nom du père, mais je voudrais que ce ne soit plus le choix administratif par défaut. Tout simplement parce que ça introduit un biais non négligeable dans le choix final ! Un exemple en est cette histoire de dons d’organes, qui a démontré qu’il y a de grandes différences entre les pays européens selon que les gens sont donneurs par défaut ou pas (il faut s’inscrire si on s’oppose au don versus il faut s’inscrire si on veut donner).

      Quant aux générations à venir, il y aura une démocratisation du nom, des combinaisons à l’infini et des arbres généalogiques multi-noms ! Moi je trouve ça génial parce qu’exactement ça fait perdre la pression de devoir perpétuer son nom ou pas 🙂

  6. Je crois que je perds la tête j’étais sûre de t’avoir laissé un commentaire, mais j’ai du oublier de l’envoyer (#jesuisunpoissonrouge) !

    Je n’ai pas été concernée par ce genre de tradition mais je pense que si ça avait été le cas, j’aurais moi aussi envoyé bouler ceux qui m’en auraient parlé. Dans une moindre mesure j’ai d’ailleurs été choquée récemment qu’une amie me raconte que son fiancé avait demandé sa main à son père. Même pour la « tradition » je trouve ça dévalorisant pour une femme, ça sous entend qu’elle passe de la propriété de son père à celle de son mari sans avoir son mot à dire…
    Pour le nom de famille, je voulais au début garder le mien parce que j’y suis attachée et que c’était plus simple surtout au boulot (le nom de mon mari est très long et en 4 mots !😂 ) mais finalement j’ai réaliser que je pouvais refaire mes papiers et prendre mon nom d’épouse pour la vie de tous les jours et conserver mon nom de jeune fille au boulot, du moins tant que je reste dans la même société. Et je porterais le même nom que ma fille 🙂 (Pour moi ça a d’ailleurs été assez naturel qu’elle porte le nom de son papa, moi je l’ai portée pendant neuf mois et je lui ai donné la vie alors je comprends que pour le papa ce soit aussi symbolique de donner son nom )

    • Ce n’est peut être pas toi, des fois wordpress fait des blagues 😉
      Je n’y avais pas pensé mais c’est vrai que demander la main au père peut être mis dans le même panier.
      Pour le nom de famille et l’argument « la maman porte, le papa nomme » j’ai déjà donné mon point de vue aux autres en commentaires.
      Bien entendu je respecte votre choix, chacune ses combats 🙂

  7. Merci pour ce billet qui est réellement instructif (enfin, si je savais que « ce genre de choses » existait et était très important dans certaines cultures, je ne savais pas les détails, et c’est enrichissant).

    Je trouve simplement un peu dommage de dévier sur la fin du thème de la sot, révélateur d’une domination non seulement symbolique qu’économique et encore pire que ça (le lien avec l’adultère est effectivement très révélateur !) au débat sur le nom de famille, qui est non seulement bien moins grave, mais peut s’interpréter de plusieurs manières différentes.
    1- Il n’y a pas que le nom de famille qui compte. Dans certains couples, on pourrait penser à des deals genre « nos enfants auront ton nom de famille, mais c’est moi qui aurai le choix final du prénom ». Ou autre chose. personnellement, mes enfants portent le nom de famille de leur père, mais leur 2e prénom (et ils n’en ont pas de 3e) vient de moi (version fille : mon prénom / version garçon : mon nom de famille de naissance, qui se trouve être un prénom masculin)

    2- Il faut penser sur le long terme. A moins qu’on autorise les très très longs noms de familles, donner les deux noms de famille aux enfants, c’est les obliger à faire le choix eux-mêmes, plus grands, entre maman et papa. Si je m’appelle Dupont et mon mari Durand et qu’on donne nos deux noms à nos deux enfants, le jour où mon fils épousera la fille de M. Martin et de Mme Leroy, à moins d’opter pour le nom Dupont-Durand-Martin-Leroy, ce qui fait décidément long, et pire pour la génération suivante, le jeune couple devra décider lui-même s’il vire le nom de papa ou de maman de son identité, ou tout du moins de celle de ses enfants. Choix cruel, je trouve, qui leur est épargné quand pour une famille classique (sans histoire sordide ou sans nom de famille encombrant genre Connard ou Pétain, auquel cas, choisir l’autre nom de famille et bien utile).

    3- Les deux noms, oui, pas « par défaut » (puisque tu semblais trouver important que les deux noms soient donnés par défaut), dans quel ordre ? Finalement, le problème de la priorité d’un parent sur l’autre est simplement déplacé. D’autant que…

    4- J’ai quelques élèves (1 sur 30 ou 1 sur 40…) qui portent les deux noms de famille… et généralement, ils n’en inscrivent qu’un sur leurs copies et tout document assez peu officiel pour se le permettre, parce que tout de même, c’est long, c’est chiant, et on s’identifie plus facilement à un nom qu’à deux (d’autant plus que, contrairement aux prénoms composés, dont on choisit la composition, en prenant donc des sonorités qui s’accordent), …

    5… ça peut être très moche. Si jamais j’avais voulu donner à mes enfants mon nom de famille aussi, par égalitarisme, ils auraient surtout hérité d’un nom de famille très moche et biscornu, pas joli à l’oreille.

    Que chacun fasse ce qu’il veut, c’est très bien, mais en matière de féminisme et d’égalité, je pense qu’il vaut mieux se concentrer sur les vrais problèmes (égalité salariale, traditions comme celles que tu évoques, etc), comme je te remercie sincèrement de l’avoir fait dans cet article, que sur des gadgets un peu administratifs, qui ne font de mal à personne, car une Fausse Bonne Idée est très vite arrivée !

    • Bonjour Estelle,
      Merci pour ton commentaire et bienvenue ici.
      Ton commentaire prouve exactement ce que j’essayais de mettre en évidence en utilisant ce parallèle. D’une part parce que ça prouve comment il est bien plus facile de voir les choses qui ne vont pas chez les autres que chez soi et d’autre part parce que ça montre comment il est facile d’accepter des situations injustes par tradition.

      Je suis d’accord que chaque femme est libre de choisir comment elle veut vivre sa vie. Que ce soit pour la dot, le port du voile ou l’adoption du nom de famille de son mari. Mon point de vue, qui n’a pas changé après les échanges avec les autres commentatrices plus haut, est que toute ces 3 pratiques mettent la femme comme subordonnée de l’homme. à des niveaux différents certes mais le résultat est le même : la femme accepte consciencieusement de passer à la seconde place du couple. Tant que ça reste un choix personnel OK, mais je pense que ça ne devrait pas être acceptable comme une politique nationale.
      Même si l’argument de la filiation par la grossesse versus par le nom a l’air d’en convaincre beaucoup, elle pose bien plus de problème aux enfants qui seront inégaux du fait que l’un pourra transmettre le nom de famille et l’autre pas, ce qui est à mon sens plus préjudiciable que de devoir choisir entre transférer le nom de papa ou celui de maman…

      Le nom de famille unique a la cote parce qu’on a toujours fait comme ça et qu’il est difficile d’imaginer faire autrement. Mais c’était tout le point de mon article; ce n’est pas parce que c’est traditionnel que ça ne peut pas être changé. à long terme pourquoi c’est un problème de se dire que ces enfants auront le choix de transmettre leurs noms comme bon leur ressemble ? Et par rapport à quoi définis tu que les combinaisons des noms sont dissonants ? Par rapport à la normalité ? Et si la normalité était que tous les enfants avaient des doubles noms ? Bref je suis sûre que tu vois où je veux en venir.

      Du coup tu me permettras de ne pas être d’accord, le nom de famille comme l’éducation genrée ne sont pas des combats secondaires (encore moins des gadgets administratifs) parce qu’ils participent à inscrire l’inégalité des sexes dans les esprits de nos enfants dès leur plus jeune âge. L’inégalité salariale n’est que la conséquence logique de toutes ces petites choses et ne représente que la partie visible de l’iceberg.

      • Pour rebondir sur le nom de famille, il me semble que le double nom est la norme en Espagne et que la transmission est très codifiée : les filles transmettent le nom de leur mère et les garçons le nom de leur père ( de mémoire).

        • Je ne connais pas les détails de comment ça se passe en Espagne mais il me semble avoir déjà entendu que ce n’est si égalitaire que ça non plus. Quoi qu’il en soit, c’est en effet un exemple que c’est possible de faire autrement.

      • Merci pour t’a réponse et l’échange constructif.

        Néanmoins, on reste en désaccord, car sur plusieurs choses :
        – les sons dissonants ou non : clairement, il y a des alliances de sonorités qui sont plus heureuses que d’autres, on ne peut le nier sans mauvaises foi. Ça peut se démontrer, dans les textes poétiques, dans les textes littéraire, dans les chansons (et dans les prénoms composés ; deux prénoms peuvent être très jolis mais mal s’apparenter). Tout comme les couleurs peuvent s’accorder ou jouer en fonction des alliages.

        – personnellement, dans notre pays dans lequel on n’est pas obligés ni de se marier, ni de changer de nom, je trouve que j’ai plus de liberté que mon mari: il porte son nom de famille de sa naissance à sa mort et c’est comme ça, alors que moi, en fonction de ce que je veux, je peux choisir de garder mon nom (si je le préfère), choisir de changer (si je trouve mon nom de naissance moche), choisir d’utiliser l’un dans ma vie pro et l’autre dans mes projets artistiques persos pour pouvoir garder une imperméabilité que je trouve souhaitable Et pouvoir justifier tout de même mon identité pour chaque nom de famille.

        – das les faits, mes collégiens, comme je le disais, n’inscrivent sur leurs copies que le premier de leurs deux noms de familles (pour ceux qui en ont deux), parce que ça les gave, que c’est long (quand ça arrive à 16 lettre + le tiret, ça paraît un détail, mais pour un collégien c’est trop. Du coup, en fait, pour ces enfants-là, tu te doutes quand quand il va falloir ratiboiser leur nom de famille composé (pour leurs enfants ou eux-mêmes s’ils décident de se parier), ils vont virer le deuxième, parce que de toutes manières ils ne l’utilisent jamais. A mon sens, il n’y a pas grande différence entre avoir le nom de son père à la naissance et avoir le nom de son père à 25 ans parce qu’il a bien fallu dégager l’autre au moment de créer officiellement (aux yeux de l’état, je veux dire) son nouveau nouveau familial (lors du mariage ou de la première naissance).

        En fait, le risque je crois (après avoir observé mes collégiens), c’est aussi de les dégoûter du second nom, dont ils se passeraient bien (parce que c’est long, est), un peu comme, il y a vingt ans, mes copines qui râlaient de se trimballer les prénoms de leur grand-mère en second et troisième prénom (et que j’étais hyper contente de n’en avoir qu’un, donc). J’aimerais pas trop que mes gosses aient un double nom de famille qui soit pour eux le « vrai » nom et le nom « boulet à traîner mais qu’on utilise que sur les papiers officiels pour se simplifier la vie dans toutes les autres occasions » (raisonnement enfant / ado).

        Après, c’est mon choix sur le principe, et je trouve que si c’est pour moi le meilleur choix en conditions « standard » (dira-ton pour simplifier), je suis contente que la souplesse de la loi autorise à bricoler autrement pour toutes les raisons un peu particulières et de toutes manières justifiées que peuvent rencontrer diverses familles (garder la double origine en cas de multiculturalité, profiter de l’occasion pour prendre le nom de sa femme si notre nom de naissance est moche ou si on a une histoire familiale lourde dont on veut se détacher, être fan des sonorités du nom de son /sa conjoint(e), etc.). Je veux dire que je comprends parfaitement ton avis et ne le critique pas (ton choix est sans doute le bon), c’est de vouloir le généraliser qui m’interpelle. De vouloir forcément relier l’usage à la domination d’un sexe sur un autre. IL y a bien des manières de concevoir l’égalité des droits, l’équité dans les situations, tout en conciliant tout. pour moi, le double nom, c’était niet, et JE (personnellement moi-même) le conçois comme un fardeau pour l’enfant. C’est pourquoi j’ai trouvé ma solution (en transmettant mon nom ou prénom en second prénom. L’était civil de mes enfants est 1 – prénom choisi par les parents – 2- 2eme prénom hérité de maman – 3 ) nom de famille hérité de papa. C’est très équitable, je trouve, car même si le nom de famille sert plu souvent, ma fille risque de le bazarder en se mariant (et elle peut- il est moche), alors que les prénoms, tu es as, tu les gardes. Et j’ai du mal à accepter que cette opinion et cette pratique qui a été la nôtre soit assimilée à du sexisme. En revanche, et dans tous les cas, je trouve intéressante de filer quelque chose venu de maman (ce que nous avons donc fait), tout en respectant complètement ceux et celles qui ont choisi de se conformer à l’usage commun en ce qui concerne les noms. C’est légitime aussi d’autant que ça n’enlève rien à personne (contrairement à l’éducation genrée, qu’on ne peut pas du tout mettre sur le même pied à mon sens – et encore moins les pratiques de dot, évidemment).

        • Pas de soucis, je ne comptais pas te convaincre en quelques lignes. On peut accepter d’être en désaccord 😉

          – Je n’ai jamais dit que la dissonance n’existait pas, j’ai dit que c’était une question de référence. Par exemple je me rappelle m’être dit durant mon récent voyage en Chine que le son à un spectacle de rue faisait mal aux oreilles. C’était selon mes points de repères à moi parce que le reste des personnes semblaient bien s’amuser… Si je me rappelle bien de l’histoire de la musique, il me semble bien que les gammes actuelles ont subi quelques altérations parce que les gammes naturelles utilisées au moyen age nous ont semblé dissonants à un moment donné. Tout ça pour dire que non seulement la dissonance est une notion relative aux habitudes mais qu’elle peut aussi changé au sein du même groupe.

          – Il est légalement possible pour ton mari de prendre ton nom autant que toi de prendre le sien. La seule raison qui fait que tu aies cette liberté plus que lui est exactement ce à quoi je m’attaque ! Ça serait sans doute plus facile et plus accepté si on attachait pas au nom de l’homme une valeur plus élevée qu’à celui de la femme 🙂

          – Je ne suis pas contre le fait que les gens n’utilisent qu’un nom pour se simplifier la vie (ayant un prénom à 10 lettres je connais bien la frustration que ça peut être). Seulement dans mon hypothèse, le premier nom n’est pas forcement celui du papa ! Sinon oui en effet ce serait en défaveur de la maman de toute façon on est d’accord. Il y a d’autres critères de choix qui ne relèguent pas la femme à la deuxième place comme par ordre alphabétique, d’abord le plus joli/court et que sais je encore… Le but étant de déconstruire la filiation patriarcale, mettre toujours le papa en premier a peu d’intérêt.

          Mon point de vue c’est que transmettre uniquement et systématiquement le nom du papa enlève de la légitimité à toutes les petites filles comme je l’avais expliqué plus haut. Dire que ça n’enlève rien à personne, je ne pourrais être moins d’accord. Construire une société égalitaire sur des bases patriarcales c’est comme essayer de construire un château en oubliant de poser les fondations…

          Encore une fois je ne suis pas pour forcer les gens à donner les deux noms, juste pour désinscrire du marbre que le nom de papa a veto sur celui de maman. Je voudrais qu’on trouve dans notre société autant d’enfants qui portent le nom du papa, que ceux qui portent les nom de papa-nom de maman ou nom de maman-nom de papa et pourquoi pas le nom de maman. Sauf que perso j’ai tendance à penser que donner seulement le nom du papa ou celui de la même est injuste pour l’autre parent, raison pour la quelle je suis en faveur du double nom.

  8. Pingback: Ma vision du nom de famille | Flora au plat pays

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